Art Souterrain

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Pascale Baudet

Commissaire invité

 

Labor improbus... « Tous les obstacles furent vaincus par un travail opiniâtre et par le besoin pressant en de dures circonstances ».

Lorsque Frédéric Loury m’a soumis le thème de l’événement, je ne connaissais pas cet extrait des Géorgiques de Virgile. L’hommage aux paysans romains s’est vu transformé en réflexion sur le travail de l’homo urbanus occidental. Quel regard les artistes portent-ils sur l’activité salariée, le travail rémunérateur qu’ils exercent souvent eux-mêmes et sur les entreprises qui les emploient? Le salariat, dans notre société post-capitaliste, est un contrat (un asservissement?) : du temps de travail en échange d’une rémunération. Il est dans certains lieux du monde un quasi esclavage; dans d’autres, le travail librement choisi peut être une source de bonheur et de développement individuel. Les artistes que j’ai choisis réfléchissent à ces situations sous divers modes : ironique, mélancolique, explicatif, absurde, cocasse, poétique, métaphorique...

Les stratégies mises en acte par les artistes sont tout aussi variées : se faire entrepreneur; prendre littéralement le poids du monde sur ses épaules; réinterpréter le logo d’une marque bien connue; mettre en scène le loisir; remodeler la représentation du travail; rêver le travail. Sous-jacente, circule une critique de l’efficacité, des rêves tout faits, de la société de consommation, de l’accélération du rendement, de l’interchangeabilité de l’individu et des compagnies qui formatent la pensée. Certaines représentations du monde du travail se font mimétiques, mais en déplaçant le regard, en changeant les matériaux, en transformant les codes, elles produisent un décalage qui met en évidence les contradictions des entreprises du post-travail : conditions dégradées, course au profit, exploitation des pays émergents, apparences trompeuses.

L’art contemporain demande une ouverture et une écoute particulières. Il ne se pense plus sous le mode de la beauté, mais s’appréhende au cas par cas. Pour moi, les artistes doivent dévoiler le monde, montrer ses systèmes et ses processus, en révéler ce qui se cache sous ses plis et replis, créer ce que l’artiste allemand Joseph Beuys appelait un contre-espace. Pour passer au-delà du miroir, même si parfois, il est sale et son tain est endommagé. Le regard de l’artiste doit surmonter les faux-semblants, dans une attitude d’engagement envers le réel. En surgiront des œuvres troublantes saisissant l’évidence de l’instant, de l’époque.

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