Art Souterrain

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LABOR IMPROBUS

3 > 25 MARS 2018

 

 

Festival Art Souterrain 2018

 

“On ne peut plus se permettre d’être un jeune homme qui ne fait rien. Qui est-ce qui ne travaille pas ? On ne peut pas vivre sans travailler, c’est quelque chose d’affreux. Je me rappelle un livre qui s’appelait Le droit à la paresse ; ce droit n’existe plus.”

Marcel Duchamp

 

Pour cette 10e édition du festival Art Souterrain, c’est un thème à la fois universel et individuel, historique et plus que jamais actuel qui est mis à l’honneur : le travail.

Le travail est une problématique récurrente dans l’Histoire de l’Art qui, encore aujourd’hui, interroge et inspire les artistes de tous les horizons. Au travers d’une sélection aussi large que variée d’artistes québécois, canadiens et internationaux, cette nouvelle édition entend mettre en lumière un sujet intemporel, source d’inspiration inépuisable, que les artistes contemporains se plaisent à questionner, dénoncer, caricaturer et... travailler !

 

Le travail est une réalité, une nécessité souvent considérée comme contraignante mais vitale. La place qu’occupe le travail dans la vie quotidienne en fait l’un des piliers des sociétés d’hier comme d’aujourd’hui. Qu’il soit rémunéré, bénévole, alimentaire, bureaucratique, ouvrier, réglementé ou abusif, il rythme nos vies et définit notre condition sociale. Selon le pays, la culture ou encore la réalité économique, le travail est perçu et vécu différemment. Les artistes invités à présenter leurs oeuvres cette année tentent d’illustrer cette diversité, tant par leurs origines qu’en adoptant un point de vue tantôt poétique, tantôt humoristique mais bien souvent critique.

 

L’entrée dans le XXI e siècle a marqué une rupture sans précédent dans la perception et l’organisation du travail : la révolution numérique, les mutations sociales et économiques qui se sont opérées ces dernières dizaines d’années ont profondément bouleversé le rapport que nous entretenions à cette besogne quotidienne. C’est ainsi que de nouveaux modèles voient le jour et réinventent progressivement le monde professionnel. Les emplois dits de “services” explosent, inspirés par la culture du peer-to-peer (l’économie de partage), symbolisée par des sociétés comme Uber ou Airbnb. On note également l’apparition d’un besoin de plus en plus généralisé d’établir de nouvelles normes salariales, répondant à la recherche d’un accomplissement personnel par le travail.

 

Si les conditions et l’environnement de travail tendent vers plus de bien-être professionnel, le labeur n’en diminue pas pour autant. La frontière entre temps salarial et temps personnel s’efface progressivement, plongeant le salarié 2.0 dans un devoir moral de professionnalisme sans borne. Cette confusion entre vie privée et vie professionnelle a été rendue possible par l'avènement de l’outil numérique, et notamment du téléphone intelligent, qui nous permet de travailler à toute heure du jour et de la nuit, où que nous soyons.

L’accès illimité et permanent à nos courriels et appels professionnels devient ainsi l’épée de Damoclès nous poursuivant jusque dans les tréfonds de notre intimité. Cette obligation morale ne fait qu’accroître un certain sentiment d’aliénation, provoqué par une quête effrénée de productivité et de reconnaissance salariale. Héritage des grands modèles capitalistes du fordisme et du taylorisme, cette aliénation, brillamment mise en scène et interprétée par Charlie Chaplin dans son film Les temps modernes, bien que renouvelée, n’en reste pas moins une réalité dont le monde du travail contemporain peine à s’extirper.

Malgré une évolution notable du monde du travail et une apparente volonté d’amélioration de ses conditions en occident, une réalité plus sombre persiste. Les inégalités salariales entre hommes et femmes, le surmenage, la dépression professionnelle ou l’exploitation ouvrière restent des problèmes brûlant d’actualité.

 

Ainsi, les différents thèmes abordés par les artistes pour cette 10e édition, tels que l’esclavagisme moderne, la prostitution, les vacances, la migration pendulaire, la crise économique, les grèves, ou encore le travail des migrants accompagneront durant trois semaines les centaines de travailleurs montréalais qui transitent quotidiennement par les souterrains jusqu’à leur lieu de travail. Une mise en abyme significative qui fera des visiteurs les acteurs principaux de la réflexion menée cette année.

 

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